Beauval dit au revoir à Laetitia, sa femelle jaguar au pelage noir
Quelques mois après la disparition de Miguel, le ZooParc de Beauval perd une nouvelle figure de son histoire. Laetitia, femelle jaguar au pelage noir, s’est éteinte ce jeudi 20 août à l’âge de 20 ans. Arrivée à Beauval en septembre 2006, elle aura marqué durablement nos équipes et des millions de visiteurs par son pelage si particulier, son tempérament bien affirmé et sa présence familière au Bois des Fauves.
Sa disparition laisse aujourd’hui un grand vide auprès de celles et ceux qui l’ont accompagnée et côtoyée au fil des années. Mais les souvenirs de Laetitia, de son caractère et de son histoire avec Miguel resteront longtemps associés à celle des jaguars de Beauval. Des souvenirs précieux qui continueront d’accompagner celles et ceux qui ont connu ce couple emblématique.
Par leur présence pendant près de 20 ans, Laetitia et Miguel auront également contribué à sensibiliser le public à la protection du jaguar et, plus largement, à la préservation de la biodiversité.
Près de 20 ans d’histoire au Bois des Fauves du ZooParc de Beauval
Née le 6 septembre 2005 au zoo de Berlin, en Allemagne, Laetitia rejoint le ZooParc de Beauval le 27 septembre 2006, quelques semaines après son premier anniversaire.
Elle s’installe alors au Bois des Fauves. Avec son pelage sombre caractéristique du mélanisme, Laetitia était immédiatement reconnaissable. Sous cette robe presque noire, les rosettes typiques du jaguar restaient visibles selon la lumière.
Au fil des années, elle est devenue une présence familière pour les soigneurs comme pour les visiteurs réguliers du Bois des Fauves. Une femelle jaguar que l’on reconnaissait au premier regard et dont le caractère ne laissait pas indifférent.

Avec son pelage sombre caractéristique du mélanisme, Laetitia était immédiatement reconnaissable
Un caractère que les soigneurs n’oublieront pas
« Laetitia est un peu caractérielle. Elle a son tempérament, elle ronchonne beaucoup et elle essaie de nous le faire comprendre quand elle n’a pas envie », nous confiait Maëlle, soigneuse animalière du secteur Fauves.
Un caractère affirmé qui n’empêchait pas Laetitia de se montrer calme et coopérative lorsqu’elle le souhaitait. C’est aussi cette personnalité, bien connue des équipes qui prenaient soin d’elle, qui rend aujourd’hui son absence si particulière.
Laetitia et Miguel, parents de huit jeunes nés à Beauval
L’histoire de Laetitia à Beauval est aussi indissociable de celle de Miguel, arrivé quelques mois avant elle en 2006. Ensemble, les deux jaguars ont partagé plus de 19 années et donné naissance à 8 jeunes entre 2008 et 2014, qui ont ensuite rejoint différents parcs zoologiques en Europe et ailleurs dans le monde. Parmi leurs descendants figure Sangha, née à Beauval en 2013. Elle a elle-même donné naissance en 2017 à Taima, petite-fille de Laetitia et Miguel, qui a rejoint Beauval en juillet 2026.
Au quotidien, leur relation était faite de petites habitudes bien installées. « Ils étaient un petit peu comme chien et chat, se souvient Maëlle. Laetitia avait tendance à vouloir rester dans le bâtiment. Miguel, lui, sortait faire son petit tour le matin puis revenait la chercher pour qu’elle l’accompagne dehors. Et quand elle restait trop longtemps à l’intérieur, il venait un peu l’embêter pour qu’elle se lève et qu’elle sorte. »
Une scène que les soigneurs ont observée pendant de nombreuses années et qui illustre bien le fonctionnement de ce duo aux caractères très différents.
Miguel s’est éteint le 5 avril 2026, à l’âge de 20 ans. Malgré leurs près de deux décennies de vie commune, les équipes n’ont pas observé de changement particulier dans le comportement ou les habitudes de Laetitia après la mort de Miguel. S’il est impossible de savoir ce qu’elle a pu ressentir, une petite manie avait, elle, définitivement disparu de son quotidien : Miguel n’était plus là pour revenir la chercher lorsqu’elle préférait rester dans son bâtiment. Un geste simple, observé pendant des années par les soigneurs, qui résume à lui seul une partie de l’histoire singulière de ce duo.
Un état de santé suivi avec attention
À près de 21 ans, Laetitia avait atteint un âge avancé et son état de santé faisait l’objet d’une surveillance attentive de la part des équipes animalières et vétérinaires. Depuis de nombreuses années, elle rencontrait notamment des difficultés au niveau de sa patte avant gauche, qui avaient fait l’objet de plusieurs examens.
En raison de son âge avancé, un enclos situé en coulisses avait également été prévu pour Laetitia, afin de lui proposer un espace adapté à son âge et à ses difficultés de déplacement.
Plus récemment, plusieurs changements avaient alerté les soigneurs : Laetitia mangeait moins et laissait régulièrement une partie de sa ration et buvait davantage. Son comportement avait lui aussi évolué : alors qu’elle avait l’habitude de rentrer chaque soir dans son bâtiment, elle avait commencé à rester plusieurs jours en accès libre sans vouloir rentrer.
Face à ces différents signes, une anesthésie a été réalisée le 15 août afin de procéder à des examens approfondis. Des masses ont alors été découvertes et des biopsies envoyées pour analyse, les vétérinaires suspectant une origine tumorale. Son état continuant de se dégrader, de nouveaux examens étaient prévus jeudi 20 août au matin afin d’évaluer l’étendue de ces masses. Laetitia s’est malheureusement éteinte au tout début de cette seconde anesthésie, avant que les examens complémentaires puissent être réalisés. Jusqu’au bout, les équipes sont restées pleinement mobilisées pour l’accompagner et veiller à son bien-être.

L’histoire de Laetitia se poursuit à travers leurs descendants
Taima, une histoire de famille qui se poursuit
Quelques semaines avant sa disparition, Laetitia avait également fait connaissance avec Taima, sa petite-fille, arrivée à Beauval le 22 juillet 2026.
Les deux femelles n’avaient pas encore été mises en contact direct, mais elles pouvaient déjà se voir et se sentir à travers les grilles séparant leurs espaces. Les interactions observées étaient positives. Lors des approches de Laetitia, Taima adoptait notamment une posture que les soigneurs interprétaient comme un signe positif dans leurs premiers échanges.
Une ambassadrice de son espèce
Durant toute sa vie à Beauval, Laetitia a également joué un rôle d’ambassadrice pour son espèce. Le jaguar est le plus grand félin du continent américain et le troisième plus grand félin au monde. Classé « Quasi menacé » par l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN), il subit principalement la disparition et la fragmentation de son habitat ainsi que les conflits avec les humains.
L’espèce fait également l’objet d’un programme Ex situ de l’EAZA, auquel participe le ZooParc de Beauval. À travers Laetitia, Miguel et leurs descendants, Beauval contribue depuis de nombreuses années à la préservation de cette population en parc zoologique et à la sensibilisation du public aux menaces qui pèsent sur l’espèce dans son milieu naturel.
Cet engagement se poursuit également sur le terrain grâce à Beauval Nature, qui soutient l’Institut Pró-Carnívoros et le projet Jaguars d’Iguaçu, au Brésil et en Argentine. Ce programme vise notamment à mieux connaître et recenser les jaguars, à suivre leurs déplacements, mais aussi à favoriser la coexistence entre les grands félins et les populations locales grâce à la mise en place de dispositifs permettant de limiter les prédations sur les animaux domestiques.
Avec son pelage presque entièrement noir, Laetitia permettait aussi de faire découvrir aux visiteurs une particularité du jaguar : le mélanisme. Ce phénomène, lié à une production importante de mélanine, donne à certains individus une coloration beaucoup plus sombre. Il ne fait pas pour autant disparaître les motifs caractéristiques de l’espèce : selon la lumière, les rosettes du jaguar restaient visibles sous le pelage noir de Laetitia.
La fin d’un chapitre pour les jaguars à Beauval, pas celle de leur histoire
Son pelage noir, son caractère bien affirmé et son duo avec Miguel auront marqué les équipes comme les visiteurs. Lorsque Maëlle évoquait ce que le public pouvait retenir de Laetitia, deux choses lui venaient immédiatement à l’esprit : « son tempérament » et « son duo avec Miguel ». La disparition de Laetitia, quelques mois seulement après celle de Miguel, referme ainsi un chapitre de près de vingt ans au Bois des Fauves.
Mais l’histoire qu’ils ont écrite à Beauval se poursuit à travers leurs descendants. Parmi eux, Sangha, née ici en 2013, et désormais Taima, leur petite-fille. Une nouvelle génération qui perpétue aujourd’hui une histoire commencée à Beauval il y a près de vingt ans.