Récit de voyage… le sauvetage du petit singe Rodolphe !

Retour sur le sauvetage de Rodolphe, le petit moustac, dans le parc de Conkouati-Douli où est installée l’association de sauvegarde des chimpanzés Help Congo et gérée désormais par Beauval Nature. « Il était là, dénutri, déshydraté, accroché à un vieux bidon par un lien serré autour de sa taille pour qu’il ne s’enfuie pas », se souvient avec émotion Delphine Delord, de retour de mission au Congo. « Mais heureusement nous avons pu le sauver à temps d’une mort certaine au fin fond d’un campement de braconniers. »

Retrouvez ce sauvetage en images :

« Un matin, Rodolphe, Eric notre Directeur Conservation et moi sommes partis en bateau explorer les environs. Nous étions accompagnés par des éco-gardes armés car nous risquions de croiser des braconniers ou des orpailleurs installés dans des baraquements de fortune sur les rives du fleuve. Ceux-ci recherchent de la cassitérite, principal minerai de l’étain et objet d’un trafic illégal international. Pour cela, ces orpailleurs n’hésitent pas à détruire l’environnement, les berges la faune et la flore pour trouver ce « sable noir » très convoité.

campement braconniers

Le campement de braconniers où Rodolphe a été découvert

Un sauvetage risqué…

Après que les gardes aient détruit en chemin de petits campements, nous avons découvert, surplombant la rivière, un gros campement. Le risque de tomber sur des braconniers était là bien réel. N’écoutant que leur conscience, les éco-gardes et Rodolphe (mon frère !) ont sauté du bateau pour atteindre la rive. Ils ont investi les lieux, fusil au poing et saisi tous les sacs de cassitérite pour les remettre aux autorités. Pénétrant dans toutes les tentes, ils ont soudain découvert un minuscule singe, effrayé, maigre, attaché par une corde à un bidon. Sa mère avait été tuée par les braconniers. Ils l’ont immédiatement récupéré et emporté. Après avoir exploré tous les recoins, ils ont rappelé à l’ordre les braconniers présents leur rappelant leurs délits passibles d’amende et la gravité de leurs méfaits. Les échanges étaient tendus et vifs : les braconniers étant furieux que nous ayons confisqué les sacs de minerai. Dans ce parc national, les éco-gardes sont convaincus du bien-fondé de leur action et bataillent sans relâche pour lutter contre le braconnage ou l’orpaillage… Puis nous sommes repartis avec le petit singe perché sur le bord du bateau : il appelait vers la forêt et l’on sentait qu’il cherchait sa mère. Ses yeux vifs allaient d’un arbre à l’autre. Nullement effrayé par notre présence, il se blottissait dans nos bras mais continuait sa plainte et ses cris d’appel. Très dénutri et déshydraté, sa vie ne tenait qu’à un fil et nous n’étions pas sûrs de pouvoir le sauver.

sauvetage de Rodolphe, le moustac

Rodolphe, le petit moustac, tout juste libéré de son bidon d’essence

…suivi d’une prise en charge réussie

Il fallait rapidement trouver une solution, le réintégrer avec des singes de son espèce pour pouvoir ensuite le relâcher dans la forêt. Dans le sanctuaire Help Congo, nous n’avons pas de petits singes comme lui, mais nous travaillons avec une autre ONG, le Jane Goodall Institute, qui gère un centre à Tchimpounga et nous savions qu’ils avaient déjà recueilli des moustacs saisis dans des conditions similaires. Nous les avons donc contactés pour leur apporter le petit primate le lendemain, au plus vite. Il a rapidement été pris en charge (nutrition, hydratation, soins) et a été mis en contact avec ses congénères. Il a fallu lui trouver un prénom et « Rodolphe » s’est vite imposé, choisi à l’unanimité par les équipes présentes ! Après des jours et des jours de crainte, « Rodolphe » a été sauvé, il a rejoint un petit talapoin (une autre espèce de cercopithèque), en attendant de pouvoir être relâchés, ensemble, dans la forêt primaire ».

Une nouvelle page à écrire…

Voilà, c’est la fin d’une belle histoire… ou plutôt le début car oui, ce sauvetage vécu en direct témoigne de que nous voulons faire ici dans ce parc avec le développement d’Help Congo : venir en aide et protéger les espèces menacées. L’histoire de ce petit moustac sauvé nous montre, qu’en lien avec les partenaires locaux et aguerris sur le terrain, on peut faire bouger les choses et à terme éradiquer braconnage et orpaillage, » conclut Delphine Delord.

Petits singes diurnes arboricoles, les moustacs (Cercopithecus cephus) sont classés en « Préoccupation mineure » par l’UICN, bien que les menaces qui pèsent sur eux soient en augmentation. La déforestation et la chasse pour leur viande sont les principales menaces qui les impactent. Cette viande de brousse, à l’origine principalement consommée par les populations locales, est aujourd’hui largement commercialisée sur les marchés, les villageois vendant 40 à 60 % de leurs prises.

Rodolphe le moustac

Rodolphe avec son soigneur à Tchimpounga

Soutenez nos actions en parrainant un animal de Beauval.

Articles similaires