Une pratique désastreuse…

Les zoos français condamnent la chasse à la glu.

Rodolphe Delord, Président de l’Association Française des Parcs Zoologiques (AFdPZ), a écrit au Ministre de la Transition écologique pour rappeler la condamnation, par les zoos français, de la chasse à la glu, qui inflige des souffrances inutiles aux oiseaux. Ce courrier fait suite à l’arrêt du Conseil d’Etat du 28 décembre, qui valide l’arrêté ministériel cadre de 1989 autorisant la chasse à la glu dans 5 départements.

La chasse à la glu fait partie des pratiques que les chasseurs qualifient de « chasses traditionnelles », mais que les protecteurs de la nature considèrent comme non sélectives et jugent cruelles. Elle consiste à capturer des oiseaux avec de la colle forte sur des baguettes ou des branches d’arbres. Ces oiseaux sont ensuite enfermés dans des cages où ils appellent par leurs chants leurs congénères qui sont alors tirés au fusil.

Lorsqu’ils sont pris sur un piège à glu, les oiseaux se débattent désespérément, ce qui contribue à les engluer encore plus. Lorsqu’ils sont encore en vie, les solvants utilisés pour les décoller sont toxiques et occasionnent à leur tour des lésions.

De plus ces « gluaux » (les branches encollées) destinés aux grives et aux merles, piègent en fait toutes sortes d’oiseaux parmi lesquelles des espèces protégées ou dont la chasse est interdite.

Saisi par la Ligue pour la protection des oiseaux, le Conseil d’Etat a, contre toute attente, confirmé la légalité de l’arrêté ministériel du 17 août 1989 qui autorise la chasse à la glu dans cinq départements (Alpes-de-Haute-Provence, Alpes-Maritimes, Bouches-du-Rhône, Var et Vaucluse). Les zoos français déplorent cette décision du Conseil d’Etat, qui intervient en totale contradiction avec la jurisprudence européenne. Dans une décision du 9 décembre 2004, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a en effet condamné l’Espagne pour avoir autorisé la chasse à la glu sur son territoire. La Cour relevait alors que « la chasse aux grives au moyen de gluaux telle qu’organisée sur le territoire de la Communauté de Valence ne permet pas d’éviter la capture d’oiseaux autres que des grives », ce qui contrevient aux dispositions de la directive européenne du 2 avril 1979.
La Ligue pour la protection des oiseaux a saisi la Commission européenne de ce litige contre la France à la suite de la décision du Conseil d’Etat. L’Association française des parcs zoologiques soutient sans réserve cette démarche. Son président Rodolphe Delord a envoyé un courrier en ce sens au Ministre de la transition écologique et solidaire, François de Rugy. L’Association mondiale des zoos et aquariums (WAZA) et l’Association européenne des zoos et aquariums (EAZA) se positionnent aussi contre cette pratique.

Fortement attachés au bien-être animal, les zoos français membres de l’AFdPZ récusent toute forme de traitement cruel ou inutile à l’égard des espèces sauvages ou domestiques. C’est la raison pour laquelle ils s’opposent également au projet d’arrêté actuellement en consultation visant à prolonger la chasse aux oies cendrée, rieuse et des moissons jusqu’à la fin février. Cet arrêté contreviendrait lui aussi aux dispositions de la directive Oiseaux.

Cette position très ferme des zoos français est en cohérence avec la campagne internationale « Silent Forest » à laquelle ils participent, lancée par l’Association européenne des zoos et aquariums (EAZA), et qui vise à mettre fin aux captures dans la nature d’espèces menacées d’oiseaux alimentant un trafic mondial d’oiseaux chanteurs du sud-est asiatique. Pour les zoos français, il serait inconvenant de condamner les pratiques illégales constatées dans plusieurs Etats asiatiques, sans s’interroger sur des pratiques tout aussi condamnables qui ont cours en France.

+ d’infos sur la WAZA : www.waza.org / + d’infos sur l’EAZA : www.eaza.net

Communiqué de presse de l’Association Française des Parcs Zoologiques (AFdPZ) – 15 janvier 2019

Crédit Photo © CABS

Articles similaires