Beauval Nature fait salle comble pour une soirée dédiée aux requins-anges et aux dauphins
Le 1er avril, la salle Batéké du Dôme Équatorial du ZooParc de Beauval a affiché complet à l’occasion d’une nouvelle conférence Beauval Nature. Plus de 200 personnes ont assisté à cette soirée consacrée à la préservation des requins-anges et des dauphins, portée par Nadia Faure, doctorante en génétique de la conservation au Centre d’Écologie Fonctionnelle et Évolutive (CEFE) de Montpellier.
En préambule, Rodolphe Delord, PDG du ZooParc de Beauval et Président de Beauval Nature, a rappelé le sens de l’engagement de l’association : « Protéger la biodiversité n’est pas une option, c’est une responsabilité collective. » Il a également souligné que, « depuis plus de 15 ans, Beauval Nature s’engage concrètement sur le terrain », aux côtés de celles et ceux qui œuvrent pour mieux comprendre et préserver les espèces menacées.
Baptiste Mulot, directeur général de Beauval Nature, a lui aussi salué la forte mobilisation du public : « On est vraiment contents parce qu’il y a vraiment beaucoup de monde pour cette soirée », avant de rappeler que cette conférence ouvrait un nouveau cycle consacré aux doctorants accompagnés par Beauval Nature.
Une chercheuse passionnée face à un public nombreux
Dès les premières minutes, Nadia Faure a remercié Beauval Nature et le public venu en nombre : « Merci à vous d’être venus si nombreux. » Avec beaucoup de pédagogie, elle a présenté son travail de thèse, mené entre Beauval Nature et le CEFE de Montpellier, en expliquant comment la génétique peut aider à mieux comprendre la biodiversité marine et à mieux la protéger.
« Je vais vous parler de requins et de dauphins, mais sous le prisme de la génétique », a-t-elle annoncé, avant de définir simplement sa discipline : la génétique de la conservation utilise les outils génétiques pour étudier les populations animales, comprendre leur état de santé et orienter les actions de protection.
Le requin-ange, un requin méconnu au bord de la disparition
Au cœur de la conférence, Nadia Faure a longuement présenté le cas du requin-ange commun (Squatina squatina), une espèce autrefois largement répandue sur les côtes de l’Atlantique Est et de la Méditerranée, aujourd’hui en danger critique d’extinction. La présentation rappelait qu’il existait encore trois espèces de requins-anges en Méditerranée, toutes classées en danger critique d’extinction.
« Il s’agit bien d’un requin et non d’une raie, malgré son apparence », a expliqué la doctorante, en montrant que cette espèce, discrète et enfouie dans le sable, est souvent mal connue du grand public. Elle a aussi rappelé qu’il s’agit d’un animal inoffensif pour l’être humain, qui chasse surtout de petits poissons.
Sa répartition historique, très étendue avant les années 1950, s’est effondrée au fil des décennies. La présentation faisait état d’un déclin démographique de 90 % en moins d’un siècle, avec une présence désormais très fragmentée ; en France, l’espèce n’est plus observée de manière régulière qu’en Corse.
Pour Nadia Faure, les causes sont clairement identifiées : destruction des habitats côtiers, urbanisation du littoral, disparition des zones favorables à la reproduction… mais surtout surpêche. « C’est plutôt nous qui sommes une menace pour lui plutôt que l’inverse », a-t-elle résumé.
Pour aller plus loin, découvrez le podcast de Beauval Nature consacré au requin-ange.
La génétique pour comprendre l’état des dernières populations
Pour mieux connaître cette espèce devenue rare, Nadia Faure, l’université de Montpellier, Beauval Nature et d’autres structures partenaires ont lancé en 2022 une étude génétique comparant deux populations : celle des îles Canaries et celle de Corse. Les scientifiques ont prélevé de petits fragments de peau sur l’aileron des requins-anges, puis analysés génétiquement afin de comparer les individus et les populations. L’objectif de ce travail est donc de répondre à des questions essentielles : les populations restantes sont-elles isolées ? Sont-elles encore connectées entre elles ? Combien d’individus participent réellement à la reproduction ?
Les résultats présentés sur le requin-ange montrent une situation préoccupante. La synthèse projetée lors de la conférence mettait en évidence des populations fragmentées, une faible diversité génétique, une forte sédentarité et un nombre limité d’individus reproducteurs.
En Corse, des requins très sédentaires et très apparentés
L’un des enseignements marquants de la soirée concernait la population corse. Les analyses génétiques montrent que les individus étudiés sont très liés entre eux, avec des parentés proches observées au sein d’un même secteur. La présentation illustrait cette forte proximité génétique entre individus échantillonnés autour de Bastia et Solenzara.
« Les anges de mer semblent rester se reproduire là où ils sont nés », a expliqué Nadia Faure. Autrement dit, ces requins sont très sédentaires : ils bougent peu, restent localement en famille et échangent peu avec d’autres groupes, même à faible distance.
Autre découverte marquante : la polyandrie chez cette espèce. En étudiant une femelle et ses petits, la doctorante a pu montrer que tous les jeunes d’une même portée n’avaient pas forcément le même père. « C’est la première fois qu’on décrit ça pour cette espèce », a-t-elle précisé. La présentation indiquait également qu’en Corse, la taille efficace de la population — c’est-à-dire le nombre d’individus participant réellement à la reproduction — se situerait entre 209 et 453 individus.
Des zones clés à protéger d’urgence
Au-delà des constats, la conférence a aussi permis de mieux comprendre où se jouent les enjeux de conservation. Nadia Faure a notamment décrit l’importance de certaines zones sableuses de la côte est de la Corse, qui deviennent au printemps de véritables « banquets » pour de nombreuses espèces marines.
Ces secteurs attirent le requin-ange, mais aussi d’autres prédateurs, à un moment où les activités de pêche peuvent provoquer de nombreuses captures accidentelles. « Il faut prendre soin des habitats qu’on a », a insisté la doctorante. Selon elle, des actions locales ciblées sur ces zones sensibles pourraient avoir un effet concret et rapide pour la survie de l’espèce.
Baptiste Mulot a prolongé cette idée en rappelant le rôle de la recherche pour faire évoluer les décisions de conservation. En substance, il a expliqué que ces travaux scientifiques apportent des données indispensables pour documenter la réalité du terrain, alimenter la réflexion et, à terme, aider à faire bouger les lignes en matière de protection.
Le grand dauphin, un autre projet prometteur
La seconde partie de la conférence était consacrée au grand dauphin, autre espèce étudiée par Nadia Faure dans le cadre de sa thèse. Sans entrer dans le détail des résultats, la soirée a permis de présenter au public une approche innovante fondée sur l’ADN environnemental, ou ADNe.
Le principe est simple à comprendre : tous les animaux laissent des traces d’ADN dans leur environnement, notamment dans l’eau. En analysant ces traces, les scientifiques peuvent détecter la présence d’une espèce, mieux suivre les populations et, demain, affiner encore davantage leur compréhension du vivant.
« On s’est justement posé la question d’utiliser l’ADN environnemental pour étudier les populations, simplement par prélèvement d’échantillons d’eau », a expliqué Nadia Faure. Une approche particulièrement prometteuse, car elle est beaucoup moins intrusive que les prélèvements directs sur les animaux.
La présentation rappelait d’ailleurs le principe général de cette méthode, depuis l’échantillonnage jusqu’aux analyses en laboratoire.
Rendre la science accessible à tous
Très pédagogue, Nadia Faure a su captiver le public en vulgarisant des notions pourtant complexes. ADN, séquençage, différences génétiques, liens de parenté entre individus, ADN environnemental… autant de sujets scientifiques expliqués avec clarté, exemples concrets et beaucoup de passion.
« La diversité génétique, elle est à la base de toute la biodiversité », a-t-elle rappelé en fin d’intervention. Une phrase qui résume à elle seule l’enjeu de ses recherches : comprendre les différences entre populations pour mieux préserver ce qui rend chaque espèce, et chaque groupe, unique.
Une soirée riche en échanges
Rythmée par une présentation illustrée et pédagogique, la conférence a permis au public de plonger au cœur des recherches menées sur les espèces marines menacées.
La séance de questions-réponses a confirmé l’intérêt du public, avec de nombreuses interrogations sur la consanguinité, la protection des habitats, les aires marines protégées ou encore le potentiel de l’ADN environnemental pour repérer des espèces discrètes. Nadia Faure a pris le temps d’y répondre avec précision, simplicité et enthousiasme.
En conclusion, Baptiste Mulot a remercié chaleureusement la doctorante et les participants avant d’inviter le public à poursuivre les échanges autour du verre de l’amitié.
Beauval Nature, un engagement concret pour la biodiversité
Avec cette conférence qui a réuni 200 personnes dans une salle comble, Beauval Nature confirme son rôle de passeur entre la science et le grand public. En donnant la parole à ses chercheurs et doctorants, l’association permet de rendre accessibles des travaux essentiels pour la conservation des espèces menacées.
Comme l’a rappelé Rodolphe Delord en ouverture, protéger la biodiversité est une responsabilité collective. Et cette soirée en a apporté une démonstration éclatante : mieux connaître les espèces, mieux comprendre leurs fragilités et mieux partager ces connaissances, c’est déjà agir pour leur avenir.
Envie d’en savoir encore plus ? Vous pouvez visionner le replay de la soirée Beauval Nature.
Et pour aider concrètement les programmes de protection de la biodiversité soutenus par Beauval Nature, vous pouvez également faire un don à l’association.