Le retour émouvant d’un tamarin lion doré à Beauval onze ans après son vol
Séquence émotion. Jeudi 28 mai 2026, une femelle tamarin lion doré faisait son retour au ZooParc de Beauval, onze ans après avoir été subtilisé lors d’un vol en mai 2015. Retrouvé vivant en Slovaquie en 2023, l’animal a finalement pu être rapatrié en France après plusieurs années de procédure.
Un moment particulièrement fort pour les équipes du ZooParc et pour Rodolphe Delord, directeur général du ZooParc de Beauval, qui s’est lui-même rendu au centre de sauvetage du zoo de Bojnice en Slovaquie où l’animal a été accueilli depuis sa saisie. Il s’agit d’une femelle âgée aujourd’hui de 12 ans et prénommée Zlatka, qui signifie « petit bout d’or » en slovaque, par les équipes qui ont pris soin d’elle ces derniers mois. Née à Beauval en juillet 2013, la femelle tamarin lion doré n’avait pas encore deux ans lorsqu’elle avait été volée en 2015.
« Lorsque nous avons appris qu’un des tamarins était vivant, après toutes ces années, l’émotion a été immense. Nous avions fini par perdre espoir », confie aujourd’hui Rodolphe Delord.
Une nuit qui avait profondément marqué Beauval
Dans la nuit du 9 au 10 mai 2015, des individus s’étaient introduits au sein du parc zoologique. Les voleurs étaient repartis avec sept tamarins lions dorés et dix ouistitis argentés, deux espèces menacées intégrées à des programmes internationaux de conservation. Pour les équipes animalières du ZooParc de Beauval, la disparition de ces petits primates avait profondément bouleversé les équipes.
À l’époque, ce vol avait provoqué une vive émotion bien au-delà du ZooParc. Des milliers de messages de soutien avaient afflué sur les réseaux sociaux et dans les médias. Le hashtag #RendezLesSinges s’était rapidement hissé parmi les sujets les plus relayés sur Twitter. Le 12 mai 2015, il était même arrivé au premier rang des « trending topics » (sujet à la Une) en France sur Twitter, résultat d’une vague immense d’indignation. La disparition de ces petits primates avait profondément touché le grand public, mobilisé autour de l’espoir de les retrouver.
Malgré près de vingt mois d’enquête mobilisant gendarmerie et plusieurs organismes internationaux, les animaux n’avaient jamais été retrouvés et l’affaire avait finalement été classée sans suite en 2017.
Un rebondissement inattendu dix ans plus tard
Le dossier a pourtant connu un rebondissement spectaculaire lorsqu’une femelle tamarin lion doré a été découverte en 2023 chez un particulier en Slovaquie. Plusieurs mois plus tard, grâce à sa puce électronique d’identification, l’Office français de la biodiversité (OFB) a pu confirmer avec certitude à Rodolphe Delord qu’il s’agissait bien de l’un des animaux volés à Beauval dix ans plus tôt.
L’animal serait également passé par l’Allemagne, où une seconde puce lui aurait été implantée afin de masquer son origine.
« Notre système d’identification électronique a permis de prouver sans aucun doute possible qu’il s’agissait bien d’un animal né à Beauval. Sans cette traçabilité, il aurait été impossible de remonter jusqu’à lui », souligne Rodolphe Delord.
Le retour du tamarin à Beauval a suscité une vive émotion parmi les équipes animalières, notamment chez certains soigneurs et responsables présents au ZooParc depuis plus de dix ans et qui avaient vécu le vol en 2015. « C’est à la fois une immense joie et beaucoup de tristesse. Retrouver un animal vivant après dix ans est exceptionnel, mais cela nous rappelle aussi que les autres restent introuvables. 2 familles ont été séparées et certains individus sont probablement morts », poursuit-il.
Une femelle en bonne santé
Après sa saisie en Slovaquie, la femelle avait été placée dans un centre de sauvetage où elle était maintenue seule avec uniquement un contact visuel avec un autre primate d’une espèce différente.
À son arrivée à Beauval, l’animal a fait l’objet d’examens vétérinaires et comportementaux afin d’évaluer son état de santé et sa capacité à vivre de nouveau avec d’autres tamarins lions dorés. Après dix années loin de ses congénères, il s’agissait de savoir si une réintégration dans un groupe était possible.
Les examens vétérinaires ont confirmé le bon état de santé de Zlatka. Installée dans un espace dédié au sein de la Serre des Chimpanzés et Orangs-outans, elle est désormais visible du public tout en restant sous l’étroite surveillance des équipes animalières.
Les soigneurs vont maintenant observer son comportement afin d’évaluer les possibilités de cohabitation avec d’autres primates. Après plus de dix années passées loin de ses congénères, une intégration au sein d’un groupe de tamarins lions dorés apparaît toutefois complexe, cette espèce vivant généralement en petits groupes familiaux qui acceptent difficilement de nouveaux individus. Selon son évolution et son comportement, des mises en contact avec d’autres espèces de petits primates, comme les ouistitis pygmées, pourraient néanmoins être envisagées dans les mois à venir.
Une espèce menacée et victime du trafic animalier
Originaire des forêts tropicales du Brésil, le tamarin lion doré est une espèce menacée qui fait l’objet d’importants programmes internationaux de conservation. La destruction de son habitat naturel et le trafic d’animaux sauvages ont fortement contribué à son déclin au cours des dernières décennies.
Le trafic d’animaux sauvages constitue aujourd’hui l’un des plus importants trafics illégaux au monde. Primates, reptiles ou oiseaux exotiques alimentent régulièrement des réseaux clandestins internationaux. Dans cette affaire, l’identification électronique de l’animal a joué un rôle essentiel pour permettre son retour à Beauval.
« Ces animaux ont une immense valeur pour la biodiversité, mais aucune valeur marchande à nos yeux. Ils ne s’achètent pas et ne se vendent pas : ils sont échangés dans le cadre de programmes de conservation internationaux », rappelle Rodolphe Delord.
La CITES et l’OFB mobilisés contre le trafic d’espèces sauvages
Pour lutter contre le commerce illégal d’animaux sauvages, plus de 180 pays appliquent aujourd’hui la Convention de Washington, plus connue sous le nom de CITES. Cet accord international encadre strictement le commerce des espèces menacées afin de limiter leur disparition dans la nature.
En France, cette lutte est notamment menée par l’Office français de la biodiversité (OFB), dont les agents spécialisés contrôlent la détention, le transport et le commerce d’animaux protégés.
Dans cette affaire, l’identification électronique du tamarin a joué un rôle déterminant. Malgré l’ajout d’une seconde puce destinée à masquer son origine, les autorités ont pu confirmer avec certitude qu’il s’agissait bien d’un animal né à Beauval et engager sa restitution.
Sensibiliser pour mieux protéger
Au-delà de l’enquête et du rapatriement, cette histoire rappelle l’importance de sensibiliser le public au trafic d’animaux sauvages. Derrière l’achat d’un animal exotique se cachent souvent des réseaux illégaux, des souffrances animales et un impact direct sur des espèces déjà fragilisées dans leur milieu naturel.
« Si cette histoire peut permettre de rappeler au public que ces animaux n’ont rien à faire dans des circuits clandestins ou chez des particuliers, alors ce retour aura aussi une portée utile pour la conservation », conclut Rodolphe Delord.
Des tamarins lions à découvrir au ZooParc de Beauval
Le ZooParc de Beauval accueille aujourd’hui plusieurs tamarins lions dorés visibles dans le Dôme Équatorial, sur l’île située au niveau du bassin des lamantins.
« Les visiteurs peuvent notamment y observer Maya, femelle arrivée à Beauval en 2015 afin de rejoindre rapidement Maceio après le vol des tamarins lions dorés. À l’époque, Maceio était le seul individu de cette espèce à ne pas avoir été subtilisé. Aujourd’hui décédé, il était également le frère de la femelle retrouvée en Slovaquie. Maya et Maceio ont donné naissance à plusieurs individus encore visibles aujourd’hui à Beauval, dont Gala et Janeiro », raconte Manon Berthault, responsable du Service Primates, déjà présente à Beauval en 2015.
Un couple est également présent à la Serre des Chimpanzés et Orangs-outans : Kanamari, mâle né au zoo de Bâle en Suisse, et une jeune femelle tamarin lion doré de 4 ans arrivée du zoo de Budapest en novembre 2025. Beauval héberge également 2 tamarins lions à tête dorée. Il s’agit de deux individus âgés de 7 ans nés au CERZA : Plata (femelle) et Plomo (mâle).
Ces petits primates participent au programme européen d’élevage et de conservation de l’espèce, coordonné entre plusieurs parcs zoologiques afin de préserver une population génétiquement viable et soutenir les actions menées au Brésil pour protéger les populations sauvages. D’après un recensement de 2023, il subsisterait environ 4 800 individus restants dans la nature. Par ailleurs, en octobre 2025, la population du programme d’élevage européen comptait 204 tamarins lions dorés (106 mâles, 86 femelles et 12 individus au sexe indéterminé).
Beauval Nature engagé pour la protection des tamarins lions du Brésil
Au-delà de la préservation des animaux accueillis au ZooParc, Beauval s’engage également sur le terrain à travers son association Beauval Nature. Celle-ci soutient notamment le Fonds de Conservation des Tamarins Lions du Brésil, un programme international dédié à la protection des quatre espèces de tamarins lions et à la restauration de leur habitat naturel dans la forêt atlantique brésilienne.
Les fonds récoltés permettent notamment de financer des actions de reforestation, de protection des corridors forestiers, de suivi scientifique des populations sauvages ainsi que des programmes de sensibilisation auprès des communautés locales. Ces actions ont joué un rôle essentiel dans le sauvetage du tamarin lion doré, dont les effectifs sauvages ont progressivement augmenté grâce aux efforts conjoints des associations, scientifiques et parcs zoologiques du monde entier.
Aujourd’hui encore, les besoins restent immenses pour protéger durablement cette espèce emblématique et lutter contre les menaces qui pèsent sur elle.
Vous aussi, participez à la protection des tamarins lions du Brésil en soutenant les actions de Beauval Nature.