Focus sur l’éthologie, la science du comportement des animaux
Au cœur des missions du ZooParc figurent la conservation des espèces menacées, l’éducation du public, la recherche scientifique et… le bien-être animal. Au même titre que nos autres missions, ce dernier constitue une priorité quotidienne et fait l’objet d’une attention constante, fondée sur les connaissances scientifiques les plus récentes et sur l’observation attentive de nos pensionnaires.
Afin d’améliorer les connaissances scientifiques sur les animaux hébergés au ZooParc et de contribuer à l’amélioration continue de leur bien-être, le ZooParc de Beauval et Beauval Nature mènent chaque année plusieurs travaux de recherche en collaboration. Ces études, financées par Beauval Nature et réalisées au ZooParc, sont confiées à des étudiants en éthologie. C’est dans ce cadre que les stagiaires en éthologie Maude et Laura ont conduit, pendant six mois, leurs travaux de recherche, avant d’en présenter les résultats à l’équipe animalière et à d’autres collaborateurs du ZooParc au début du mois de juillet.
L’éthologie… c’est quoi ?
Concrètement, l’éthologie désigne l’étude scientifique du comportement des animaux. Elle peut s’exercer dans leur milieu naturel, mais également au sein de laboratoires, de sanctuaires ou de parcs zoologiques, comme Beauval.
La méthodologie repose généralement sur le même principe : à partir de ses différentes observations, l’éthologue peut développer des éthogrammes, qui cataloguent l’ensemble des comportements des animaux, afin de les quantifier et les analyser.
En parcs zoologiques, cette science est cruciale : elle permet en effet de mieux comprendre les animaux et leur biologie, et ainsi, de pouvoir mieux les protéger.
Plusieurs études éthologiques sont menées chaque année à Beauval : en 2025, elles étaient au nombre de six et elles ont permis d’aborder des thématiques aussi variées que le succès reproducteur chez les grues, la cohésion au sein d’une meute de loups arctiques ou encore la dégénérescence de la colonne vertébrale chez les primates, entre autres.
En 2026, ce sont deux sujets qui ont été retenus : les soins maternels chez les grands herbivores et la dynamique sociale de deux groupes de gorilles.

Bahïs et Neytiri jouant ensemble
Sujet d’étude n°1 : les soins maternels chez les grands herbivores
Étudiante en Master d’Éthologie appliquée à l’Université Sorbonne Paris Nord, Maude Fouquet a pu mettre à profit ses connaissances au cours d’un stage de six mois au ZooParc de Beauval. Son sujet ? Les comportements maternels et filiaux (consommation de lait, notamment) mais aussi les proximités et le repos chez deux espèces d’herbivores différentes, le rhinocéros indien et l’éléphant de savane d’Afrique.
Pendant plus de trois mois, elle a ainsi pu observer la croissance de Bahïs et Neytiri, les deux petites rhinocéros indiens nées le 14 septembre 2025 et le 1er janvier 2026, et les premiers pas des deux éléphanteaux Himba et Rosie, nées le 15 février et le 22 mars 2026.
Ce qu’elle étudiait était alors bien précis :
- Le nombre de postures de facilitation à l’allaitement, c’est-à-dire les positions adoptées par la mère pour permettre à son petit de téter plus facilement ;
- Le nombre de postures de protection, lorsque la mère adopte une position visant à protéger son petit ;
- Les aides motrices, autrement dit les gestes par lesquels la mère accompagne ou facilite les déplacements de son petit ;
- La fréquence des contacts entre la mère et son jeune ;
- Le nombre et la durée des tétées, afin de suivre l’évolution de l’allaitement au fil du temps ;
- Le nombre et la durée des phases de repos, pour mieux comprendre les périodes de récupération et les habitudes de la mère et de son petit, mais aussi leurs évolutions dans le temps, avec l’âge du jeune.
Les conclusions de Maude sont claires : à mesure que les petits grandissent, la fréquence des soins maternels et des tétées diminue, tandis que la distance qui les sépare de leur mère augmente. Une évolution tout à fait naturelle qui débute bien avant le sevrage.
En effet, à la fin de l’étude, Bahïs, la plus âgée des quatre petits observés, n’avait qu’un peu plus de sept mois. Pourtant, chez le rhinocéros indien, le sevrage n’intervient généralement qu’entre 3 et 4 ans. Chez l’éléphant de savane d’Afrique, il est encore plus tardif, puisqu’il a lieu en moyenne vers l’âge de 8 ans.
Les observations de Maude ont également mis en évidence une différence entre ces deux espèces dans la manière dont les jeunes gagnent progressivement en autonomie. Chez le rhinocéros indien, espèce solitaire, le petit reste très proche de sa mère, qui constitue son unique repère. À l’inverse, les éléphants de savane d’Afrique vivent en hardes matriarcales : les jeunes grandissent donc au contact de plusieurs femelles, qui participent elles aussi à leur apprentissage et à leur protection.
Revivez la sortie d’Himba et Rosie

Anandi s’est bien intégrée au sein du groupe
Sujet d’étude n°2 : la dynamique sociale de deux groupes de gorilles, à la suite d’un changement dans leur composition
L’autre sujet d’éthologie de cette année 2026 a été porté par Laura Swynghedauw, également étudiante en Master d’Éthologie appliquée à l’Université Sorbonne Paris Nord. Au cours de sa période d’observation, elle a pu alterner entre les deux groupes de gorilles du ZooParc :
- le harem, qui évolue au niveau de la Serre des Gorilles et dans lequel on retrouve le mâle dominant Euro, ainsi que les femelles Kabinda, Sheila, Sawa et Anandi ;
- le groupe de mâles célibataires, visible à proximité de l’île des chimpanzés, qui se compose d’Asato, l’ancien mâle dominant et ses fils Mapenzi, Yamba, Kiwano, M’Baku et Kovanga.
Ces deux groupes ont été constitués récemment. C’est mi-novembre qu’Asato et ses fils ont quitté le groupe des femelles, ces dernières ayant été rejointes par Euro quelques jours plus tard. Puis, au mois de janvier, la femelle Anandi est venue compléter ce nouveau groupe.
Ces travaux poursuivaient un objectif essentiel : analyser les relations sociales au sein de ces groupes récemment constitués, celles-ci constituant un indicateur précieux pour apprécier le bien-être des individus. Pour cela, Laura s’est intéressée aux différentes interactions entre les gorilles, que les éthologues classent généralement en trois grandes catégories :
- Les interactions affiliatives, qui traduisent des comportements favorisant les liens sociaux, comme les contacts, les jeux ou les rapprochements entre individus.
- Les interactions agonistiques, qui correspondent aux situations de conflit, de menace ou d’évitement et permettent d’établir la hiérarchie au sein du groupe.
- Les interactions de dominance, qui permettent également d’établir ou de rappeler la hiérarchie au sein du groupe, sans nécessairement donner lieu à un affrontement.
Les conclusions de Laura sont également prometteuses. Au sein du harem, elles révèlent qu’il n’y a aucune source de conflit permanente entre les individus et que les interactions de dominance ont eu tendance à diminuer au fil du temps. Cet indicateur montre ainsi que les relations entre les individus sont bien établies et qu’Anandi s’est bien intégrée au sein du groupe, et notamment avec l’autre jeune femelle Sawa, avec qui elle a beaucoup d’interactions.
Du côté du groupe de mâles célibataires, les relations entre les individus continuent d’évoluer, les fils d’Asato étant encore jeunes et leur place dans la hiérarchie pouvant être amenée à changer. Pour l’heure, Asato continue d’assurer la dominance du groupe et la gestion des conflits, son statut n’étant pas remis en cause par ses fils.