À la découverte du tahr de l’Himalaya, pour mieux le protéger
Une étude franco-indienne, publiée le 7 septembre 2026 dans la revue Diversity, dresse un premier état des lieux de l’habitat du tahr de l’Himalaya, une espèce quasi menacée dont l’aire de répartition s’étend du nord de l’Inde au Tibet.
Mené dans le sanctuaire de Govind Pashu Vihar, dans l’État indien d’Uttarakhand, ce travail s’inscrit dans la thèse de Jayant Gupta. Ce dernier est encadré par Sujeet K. Singh de l’Amity Institute of Environment and Sustainability (Noida) et Gilles Maurer, chercheur Beauval Nature rattaché au Centre d’Écologie Fonctionnelle et Évolutive (Université de Montpellier).
Cette étude ouvre la voie à une meilleure protection du tahr de l’Himalaya et, indirectement, de la panthère des neiges, son principal prédateur.
Le tahr de l’Himalaya, un ongulé de haute montagne
Le tahr de l’Himalaya, Hemitragus jemlahicus, aussi appelé jharal, est un bovidé cousin des chèvres sauvages. Il vit principalement entre 2 200 à 4 500 mètres d’altitude dans les escarpements rocheux et les pelouses alpines.
Endémique de la chaîne himalayenne, son aire de répartition s’étend du nord de l’Inde et du Népal jusqu’au Bhoutan et au Tibet. L’espèce est aujourd’hui classée « quasi menacée » sur la Liste rouge de l’UICN*. Ses populations déclinent sous l’effet de la chasse, de la fragmentation de son habitat et de la pression des troupeaux domestiques.
De l’observation à la collecte des données
Pour déterminer les zones fréquentées par le tahr de l’Himalaya, l’équipe a mené trois mois de recherche en parcourant 440 kilomètres en terrain escarpé. Leur zone d’étude a couvert une surface d’environ 270 km², divisée en 43 mailles géographiques de 2,5 km de côté.
Dans chaque maille, le travail de terrain a reposé sur des observations directes et des collectes d’indices de présence (fèces et poils). Les excréments ont été analysés génétiquement afin d’éviter toute confusion avec le bétail domestique ou d’autres ongulés sauvages.
Les résultats ont démontré la présence de l’espèce dans 24 mailles sur 43, soit 86 fèces collectées sur 137.

La tahr privilégie les falaises rocheuses © Sunil Sharma photography
Ce que le terrain nous apprend :
- Le tahr de l’Himalaya concentre principalement son activité au-dessus de 3 000 mètres d’altitude, notamment sur les versants nord et nord-est,
- Il privilégie les falaises rocheuses, les prairies alpines et les zones de buissons subalpins, tout en évitant les forêts denses de basse altitude,
- Sa présence diminue nettement là où pâturent les troupeaux domestiques, le tahr ayant tendance à s’éloigner des zones occupées par l’élevage.
Du tahr à la panthère des neiges : un équilibre à préserver
Dans certaines régions de l’Himalaya, notamment au Népal, le tahr constitue l’une des proies principales de la panthère des neiges. De ce fait, connaître son habitat et le préserver participe de façon indirecte à la sauvegarde de ce grand prédateur.
En effet, la panthère des neiges, classée « vulnérable » sur la Liste rouge de l’UICN, est principalement menacée par la dégradation de son habitat, le déclin de ses proies, et les chasses en représailles à des attaques sur le bétail domestique.
En savoir plus sur la panthère des neiges

Panthère des neiges © Sunil Sharma photography
Comme le montre l’étude, en plus d’assurer au félin une source de nourriture, préserver le tahr prévient aussi les éventuels conflits entre les Hommes et les panthères des neiges. En effet, lorsque le tahr se raréfie, la panthère des neiges se tourne vers le bétail domestique. Cette prédation engendre des pertes pour les éleveurs et accentue les tensions entre les activités humaines et la conservation de la faune sauvage.
La protection du tahr de l’Himalaya représente ainsi un enjeu d’équilibre de cet écosystème montagnard. Si cette étude ne mesure pas directement les effets sur la panthère des neiges, elle apporte des connaissances utiles pour mieux orienter les actions de conservation sur le terrain. Mieux connaître une espèce et son habitat, permet aussi contribuer à préserver les équilibres écosystémiques dont elle dépend !
Soutenir la recherche avec Beauval Nature
Sanctuariser et encadrer les pâturages : les clés de la protection du tahr de l’Himalaya
Afin de préserver le tahr et, plus généralement, l’équilibre de son écosystème, l’étude identifie deux leviers d’action à mettre en œuvre :
- Sanctuariser les zones exemptes de bétail pour offrir un refuge sûr à l’espèce,
- Encadrer le pâturage dans sept grilles de chevauchement pour partager équitablement la ressource végétale et minimiser les tensions.
À noter que : bien que le tahr évite le bétail, l’étude ne permet pas de prouver une concurrence directe pour la nourriture. Pour le confirmer, il serait nécessaire de mieux documenter le chevauchement des ressources et les interactions directes entre les bovidés sauvages et domestiques.
Des comportements de ce type ont toutefois déjà été observés chez d’autres ongulés de montagne, tels que le mouflon bleu au Népal, chez qui la présence des troupeaux domestiques a directement influé sur sa répartition dans les zones étudiées.
Ces premiers résultats constituent donc une base de travail, qui devra être complétée par de nouvelles observations pour mieux comprendre les variations saisonnières de l’utilisation de l’habitat et les effets des activités humaines. De plus, la collaboration BN – Amity se poursuit en particulier par une étude sur la continuité et les risques d’isolement génétique des populations de Tahr.
*Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN)
Photo principale : Tahr de l’Himalaya © Sunil Sharma photography