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Pélobate brun : une nouvelle stratégie pour protéger l’espèce

pelobate brun

Le pélobate brun n’est pas présent au ZooParc de Beauval… mais il fait partie des espèces suivies et préservées par l’association Beauval Nature, directement dans son milieu naturel. 

 

Une nouvelle étape commence pour cet amphibien menacé d’extinction à l’échelle nationale. Après les premiers résultats encourageants des passages à faune installés en hiver 2024, les équipes testent aujourd’hui une approche inédite : déplacer une partie des œufs vers des mares restaurées, encore inoccupées. Un coup de pouce décisif pour aider l’espèce à reconquérir du terrain. 

 

Le pélobate brun, un amphibien menacé 

Le pélobate brun est un crapaud de taille moyenne, de 5 à 8 cm. En France, sa répartition est très hétérogène : on retrouve quelques populations en Alsace et en Lorraine et deux populations isolées en région Centre-Val de Loire. L’une d’elle, dans le Loiret, compte une centaine d’adultes et constitue la plus grande population française. 

Le pélobate est ainsi considéré en danger critique d’extinction en région Centre-Val de Loire, notamment à cause de l’assèchement et de la disparition des zones humides, de la pollution et de l’introduction d’espèces exotiques envahissantes. En cinquante ans, ses effectifs ont chuté de 80 %. 

Pour inverser cette tendance, l’espèce fait l’objet d’un plan national d’actions, coordonné au niveau régional par la DREAL Centre-Val de Loire et animé par Beauval Nature. C’est dans ce cadre que plusieurs actions sont menées. 

 

Des passages à faune déjà adoptés par de nombreuses espèces 

En 2024-2025, quatre passages à faune ont été créés et aménagés sous la RD19, à Lailly-en-Val (45). L’objectif ? Permettre aux petits animaux, notamment aux pélobates bruns, de traverser la route sans risque. Un défi de taille : la RD19 est un axe très fréquenté où circulent plus de 4 000 véhicules par jour. 

 

 

Passage à faune construit en hiver 2024 

Passage à faune construit en hiver 2024

 

Afin d’analyser l’efficacité du dispositif, des pièges photographiques ont été placés dans les tunnels. Loiret Nature Environnement, chargé d’analyser les milliers de fichiers issus des caméras, confirme que 80 % d’entre eux sont exploitables. 

Et les premiers résultats sont très encourageants : 

  • Les animaux se déplacent dans les 2 sens, signe que les tunnels agissent comme de véritables corridors, 
  • Aucune mortalité n’est observée sur la route, 
  • Une trentaine d’espèces utilisent les passages, dont 6 espèces d’amphibiens. 
Un hérisson utilise l’un des passages pour traverser la route

Un hérisson utilise l’un des passages pour traverser la route

 

Ces données confirment que ces crapauducs jouent un rôle clé pour reconnecter les différentes mares du site de Villenouan, géré par le Conservatoire d’espaces naturels Centre-Val de Loire. 

 

Un nouveau programme pour renforcer la population 

Au-delà des aménagements, un autre projet, plus discret, a démarré en 2025 : le renforcement de la population de pélobate brun. 

 

L’objectif est de favoriser la reproduction de l’espèce dans des mares restaurées, dites mares d’accueil, en déplaçant une partie des pontes de pélobate brun. 

En effet, cette espèce est dite philopatrique, elle a plutôt tendance à rester dans les mêmes mares et colonise difficilement de nouveaux territoires.  

Déplacer une partie des pontes, même sur quelques centaines de mètres, peut faire gagner plusieurs années dans la dynamique de population ! 

 

 

Ponte de pélobate brun

Ponte de pélobate brun

 

Ce programme permet par ailleurs de tester une méthode de dispersion assistée de l’espèce, qui pourra être répliquée ailleurs. 

 

Sur le terrain en 2026 : une saison clé 

2026 marque la 2e année du programme de renforcement de la population. Les actions se sont déroulées selon le même processus que l’année dernière. 

En avril, une semaine après la détection des premiers mâles chanteurs, la recherche des pontes s’est accentuée. En effet, ce chant discret, émis sous l’eau, permet d’attirer les femelles. Celles-ci pondent entre 1 000 et 2 500 œufs, dont une petite centaine deviendra de jeunes crapauds qui sortiront des mares en été. 

En 2026, 18 pontes ont ainsi été trouvées, contre seulement 4 en 2025. Ceci est dû à de multiples facteurs, dont une révision du protocole utilisé. La méthode de recherche a été améliorée grâce à de nouveaux outils et la prospection effectuée plus tôt. Ce dernier point permet une meilleure détection des pontes car l’œil s’habitue au milieu « nu » et identifie mieux l’apparition des pontes. 

Cela permet aussi de repérer les pontes suffisamment tôt pour pouvoir déplacer les œufs. En effet, si le stade de développement est trop avancé, la ponte est protégée mais ne participe pas à la suite du processus. 

Parmi ces 18 pontes, une partie a été sélectionnée pour l’étape suivante, consistant à prélever entre 1/4 et 1/3 des œufs. Ceux-ci sont déplacés dans des enceintes de protection, dans une nouvelle mare d’accueil précédemment restaurée. 

Enclos de protection

Enclos de protection

 

Environ une semaine plus tard, les têtards ont fait leur apparition. Ils sont suivis et nourris jusqu’à atteindre une taille comprise entre 4,5 et 5 cm. Une fois ce stade atteint, ils seront libérés, soit 30 à 45 jours après le déplacement des œufs en enceinte de protection. 

L’objectif est désormais clair : voir ces jeunes pélobates bruns s’installer durablement dans ces mares restaurées, et participer à la recolonisation progressive de nouveaux sites favorables à l’espèce dans le Loiret. 

 

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