13 outardes canepetières réintroduites en Indre-et-Loire pour sauver l’espèce
Le 31 août 2026, 13 jeunes outardes canepetières ont été relâchées sur la commune de Luzillé, au cœur de la Champeigne tourangelle dans le cadre d’une opération de renforcement de la population sauvage. Parmi elles figuraient des oiseaux pris en charge par le Centre de Soins Beauval Nature ainsi que d’autres issus de l’élevage conservatoire du parc animalier Zoodyssée, situé dans les Deux-Sèvres. Cette opération constitue une nouvelle étape importante dans la sauvegarde de cette espèce devenue très rare en Centre-Val de Loire.
16 œufs confiés au Centre de Soins Beauval Nature
Tout a commencé au mois de juin. Grâce à un important travail de prospection mené sur le terrain, six nids d’outardes canepetières ont été repérés et protégés sur la Zone de protection spéciale (ZPS) de Champeigne. Pour les localiser, les partenaires mobilisent différentes techniques : observations à distance, recherches à pied, drones, jumelles thermiques ou encore suivi d’oiseaux équipés de balises GPS.
Au total, 16 œufs ont été récoltés puis confiés au Centre de Soins Beauval Nature entre le 3 et le 26 juin dans le cadre du protocole du Plan national d’actions en faveur de l’espèce, afin de protéger les nichées de la prédation. Ils ont immédiatement été placés en incubateur et surveillés quotidiennement par les soigneurs, qui les ont régulièrement pesés et mirés afin de suivre le développement des embryons.
Huit d’entre eux ont été replacés dans leur nid sous leur mère, qui avait continué à couver des œufs factices en leur absence. Les huit autres ont été conservés jusqu’à leur éclosion et les poussins ont été élevés au Centre de Soins, pour être relâchés en nature ultérieurement.
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Des soins attentifs à chaque étape de leur développement
Les premiers jours ont demandé une mobilisation particulièrement importante. Installés au chaud dans une éleveuse, les poussins étaient nourris toutes les heures pendant sept à dix jours. Végétaux, insectes et granulés adaptés leur étaient proposés à la pince.
Cette période s’est révélée délicate pour certains jeunes, qui ont présenté des troubles digestifs. Une surveillance rapprochée et des soins adaptés, comprenant notamment réhydratation, probiotiques et traitements vétérinaires, leur ont permis de surmonter cette phase critique. Malgré tous les efforts déployés, l’un des poussins est malheureusement mort en raison d’importants problèmes de développement.
Les sept autres ont progressivement gagné en autonomie. Ils ont d’abord rejoint une petite volière, tout en continuant à être suivis quatre fois par jour et placés au chaud pendant la nuit. À partir d’une vingtaine de jours, ils ont été installés dans une grande volière de pré-relâcher. Leur nourriture, dont des insectes vivants, était alors dispersée dans l’espace pour encourager leurs comportements naturels.
Afin de limiter leur imprégnation à l’humain, les soigneurs portaient une tenue de camouflage lors de leurs interventions. Une précaution essentielle pour préparer ces oiseaux à vivre de façon autonome dans leur milieu naturel.
Un retour très attendu dans les plaines de Champeigne
Le 31 août, 13 jeunes outardes canepetières, pris en charge par le Centre de Soins Beauval Nature et Zoodyssée, ont été relâchés à Luzillé, au sein de la ZPS de Champeigne.
Huit d’entre eux sont équipés d’un émetteur GPS. Ces balises permettront aux spécialistes de suivre leurs déplacements, d’observer leur intégration auprès des outardes sauvages présentes à proximité et, dans les prochains mois, de vérifier leur départ en migration.
Cette opération fait suite à une première réintroduction menée en 2025, au cours de laquelle neuf jeunes nés en élevage conservatoire avaient été relâchés en Champeigne. Il s’agissait alors du premier relâcher d’outardes canepetières réalisé en Centre-Val de Loire.
Une espèce menacée par la transformation des paysages agricoles
Autrefois très présente en Centre-Val de Loire, l’outarde canepetière a presque disparu de la région. Depuis les années 1980, la population de mâles chanteurs de la plaine céréalière du Centre-Ouest s’est effondrée de 94 %.
La transformation des pratiques agricoles a fortement réduit les prairies, les jachères et les zones riches en insectes dont l’espèce a besoin pour se nourrir et se reproduire. Les fauches mécaniques peuvent également détruire les nids ou menacer les poussins, qui nichent directement au sol.
Pour restaurer des habitats favorables, les exploitants agricoles de la ZPS s’engagent notamment dans l’implantation de couverts végétaux adaptés et dans des mesures agro-environnementales permettant d’ajuster les périodes de fauche. Ces actions offrent aux outardes des espaces où s’alimenter, se reproduire et élever leurs jeunes.
Une mobilisation collective indispensable
Ce relâcher s’inscrit dans le troisième Plan national d’actions en faveur de l’outarde canepetière, déployé de 2020 à 2029. En Centre-Val de Loire, son pilotage et sa coordination stratégique sont assurés par la DREAL Centre-Val de Loire et le Conservatoire d’espaces naturels Centre-Val de Loire, avec l’appui technique de l’Office français de la biodiversité.
Au sein de la ZPS de Champeigne, la préservation de l’espèce repose avant tout sur l’engagement des exploitants agricoles locaux et sur le travail d’animation mené dans le cadre de Natura 2000. La Chambre d’agriculture d’Indre-et-Loire, la Fédération départementale des chasseurs d’Indre-et-Loire, la LPO Centre-Val de Loire et l’Association d’études, de protection et d’aménagement de la nature en Touraine (Sepant) interviennent ensemble sur le terrain. Leurs actions permettent notamment de repérer et de protéger les nids, de préserver les poussins et d’accompagner les agriculteurs dans la mise en place d’habitats favorables à l’espèce.

Ce 31 août 2026, 13 jeunes outardes canepetières ont été relâchés, dont huit équipés d’un émetteur GPS
Le Centre de Soins Beauval Nature, le parc animalier Zoodyssée, situé dans la forêt de Chizé dans les Deux-Sèvres, et la Réserve zoologique de la Haute-Touche, à Azay-le-Ferron dans l’Indre, apportent quant à eux leur expertise dans la sauvegarde des pontes et l’élevage conservatoire de jeunes oiseaux destinés à être relâchés.
Cette complémentarité entre agriculteurs, naturalistes, institutions et établissements spécialisés est indispensable pour permettre à l’outarde canepetière de reconquérir durablement les plaines agricoles du Centre-Val de Loire.
Soutenez le Centre de Soins Beauval Nature
De l’incubation des œufs à l’élevage des jeunes, cette opération illustre l’engagement quotidien des équipes du Centre de Soins Beauval Nature en faveur de la faune sauvage. Vous souhaitez soutenir leurs actions ? Chaque don contribue à la poursuite de leurs missions de soins, de réhabilitation et de sauvegarde.
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Questions fréquentes : tout savoir sur l’outarde canepetière
Comment reconnaître une outarde canepetière ?
L’outarde canepetière est un oiseau terrestre des plaines mesurant environ 40 à 45 cm de haut, pour une envergure pouvant atteindre 90 cm. Son plumage brun et ocre lui permet de se camoufler dans la végétation. Au printemps, pendant la période de reproduction, le mâle se distingue par son cou noir traversé de bandes blanches et par son chant bref et caractéristique.
Où vit l’outarde canepetière et où migre-t-elle ?
L’outarde canepetière fréquente les milieux agricoles ouverts composés de prairies, de cultures et de jachères. Elle niche directement au sol, à l’abri de la végétation. Le Centre-Ouest de la France accueille la dernière population d’outardes migratrices en Europe. Plus de 80 % de cette population se reproduit dans des plaines céréalières classées en zones de protection spéciale, où des jachères favorables à l’espèce sont aménagées. À l’automne, les oiseaux migrent vers la péninsule Ibérique, principalement en Espagne et au Portugal, avant de revenir au printemps sur leurs sites de reproduction.
Pourquoi l’outarde canepetière est-elle menacée ?
La disparition des prairies et des jachères, l’agrandissement des parcelles, la raréfaction des insectes et les fauches réalisées pendant la période de reproduction fragilisent fortement l’espèce. Face à la faiblesse des effectifs et aux menaces qui pèsent sur elle, un troisième Plan national d’actions a été mis en œuvre sur dix ans, de 2020 à 2029. Il associe restauration des habitats, adaptation des pratiques agricoles, protection des nichées, élevage conservatoire, réintroduction d’oiseaux et renforcement des populations sauvages.