Beauval accueille le colloque de l’UICN consacré à la lutte contre le trafic d’espèces sauvages
Le jeudi 9 juillet 2026, le ZooParc de Beauval a accueilli près d’une centaine de participants à l’occasion du colloque du Comité français de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) « Trafic d’espèces : bilan & perspectives », sur invitation de l’Association Française des Parcs Zoologiques (AFdPZ) et du ZooParc de Beauval.
Trois ans après la publication des 25 recommandations du Comité français de l’UICN relatives au trafic des espèces sauvages et à la criminalité organisée, cette rencontre a réuni représentants de l’État, magistrats, scientifiques, ONG, établissements zoologiques et experts afin de dresser un état des lieux des avancées réalisées et d’identifier les priorités pour les années à venir.
Ouverte par Rodolphe Delord, président de l’AFdPZ et président-directeur général du ZooParc de Beauval, cette journée illustre l’engagement de la profession dans la lutte contre l’un des trafics les plus lucratifs au monde. Beauval Nature, membre du Comité français de l’UICN, participe également aux travaux de cette instance en faveur de la préservation de la biodiversité.
Les animaux saisis, une réalité concrète
Avant le colloque, les membres de l’UICN ainsi que les intervenants ont participé à une visite guidée du ZooParc. Ce temps d’échange leur a permis de découvrir plusieurs animaux issus du trafic illégal et aujourd’hui accueillis à Beauval.
Parmi eux, Maxima et Simba, deux caracals saisis chez des particuliers en France qui les détenaient illégalement. Maxima avait notamment été retrouvée enfermée dans des toilettes et nourrie de chantilly, des conditions ayant profondément altéré son comportement. Après leur prise en charge par l’association Tonga Terre d’Accueil, les deux félins ont rejoint le ZooParc de Beauval en 2023, où ils évoluent désormais dans un environnement adapté à leurs besoins.
Cette visite a illustré concrètement le rôle des parcs zoologiques dans l’accueil et la prise en charge des animaux issus du trafic.
Une coopération indispensable pour lutter contre le trafic
En ouverture du colloque, Rodolphe Delord a rappelé que la lutte contre le trafic d’espèces sauvages repose sur une mobilisation collective : « Face à un trafic devenu l’une des criminalités internationales les plus lucratives au monde, seule une coopération étroite entre les pouvoirs publics, les services de contrôle, les magistrats, les scientifiques, les associations de protection de la nature et les établissements zoologiques permettra d’obtenir des résultats durables. »
Les échanges ont ainsi réuni plusieurs acteurs majeurs impliqués dans cette lutte : l’Office français de la biodiversité, OCLAESP, CESAN, WWF, IFAW, Jane Goodall Institute France, Wildlife Angel, Tonga Terre d’Accueil, l’AFdPZ, le Comité français de l’UICN et le Muséum national d’Histoire naturelle.
Les interventions ont permis de faire le point sur les progrès réalisés depuis 2022, tant sur le plan réglementaire que sur la coordination entre les différents acteurs, tout en soulignant les défis qui persistent face à l’évolution permanente des réseaux criminels.
De la saisie à la réhabilitation des animaux
L’après-midi a accordé une place importante au devenir des animaux sauvages saisis vivants. Les intervenants ont détaillé les différentes étapes qui suivent une saisie : intervention des autorités, accueil, quarantaine, soins vétérinaires, réhabilitation comportementale puis orientation vers une structure adaptée.
Le Service d’assistance aux animaux sauvages saisis (SAASS), confié à l’AFdPZ depuis octobre 2024, a notamment été présenté. Unique en Europe, ce dispositif coordonne la recherche de structures d’accueil adaptées aux animaux saisis et facilite le travail des services de contrôle à l’échelle nationale. Un travail colossal : en France, 1 000 animaux vivants sont saisis chaque année, des passereaux aux caïmans à lunettes, en passant par les ouistitis. Autant d’animaux à placer dans l’un des 450 établissements volontaires recensés au sein du dispositif, dont fait partie le ZooParc de Beauval.
Les témoignages de terrain ont également rappelé que l’accueil de ces animaux représente un engagement humain, technique et financier de long terme pour les structures spécialisées.
Sensibiliser pour réduire la demande
Au-delà des réponses judiciaires et opérationnelles, plusieurs interventions ont insisté sur la nécessité d’agir sur la demande, notamment à travers la sensibilisation du public et la lutte contre les nouvelles formes de trafic sur Internet et les réseaux sociaux.
Comme l’a rappelé Maud Lelièvre, présidente du Comité français de l’UICN, la sensibilisation auprès des voyageurs est primordiale. Avant de partir, chacun doit être en mesure de savoir ce qu’il est interdit d’acheter et de ramener avec soi, en guise de souvenir par exemple : « Le principal responsable du trafic en France, c’est le consommateur final. Si personne n’achète de viande de brousse, si personne n’achète des reptiles pour les mettre dans un vivarium, il y aura beaucoup moins de demande. »
Agir à tous les niveaux
Par ailleurs, le trafic d’espèces sauvages soulève de nombreux enjeux, à la fois sanitaires, écologiques et liés à la conservation. C’est au cours d’une table ronde que ces derniers ont été détaillés, ainsi que les solutions et moyens dont nous disposons pour lutter contre ce fléau. L’ensemble des participants ont alors souligné l’importance de la coordination, de la coopération et de la communication entre les différents acteurs impliqués. Malgré l’ampleur du trafic, l’espoir et la détermination continuent d’animer celles et ceux qui agissent au quotidien.
Afin de porter un autre regard sur le sujet, deux jeunes professionnels se sont exprimés, ouvrant de nouvelles pistes de réflexion autour du statut juridique de l’animal saisi et du rôle des générations futures dans la lutte contre le trafic.
En conclusion, Maud Lelièvre a rappelé les trois niveaux d’actions à mobiliser. Le Comité français de l’UICN joue tout d’abord un rôle essentiel, en permettant à ses adhérents d’échanger et de travailler ensemble. À l’échelle nationale, le renforcement des moyens, la mise en place d’une stratégie pluriannuelle et une coopération facilitée entre les services concernés apparaissent comme des priorités. Enfin, au niveau international, alors que l’interdépendance des crises est désormais largement reconnue, une approche globale doit être développée afin de renforcer l’entraide entre les pays et de favoriser une mobilisation collective.