Des escargots menacés réintroduits pour restaurer l’écosystème des Desertas
Le 19 avril 2026, une nouvelle étape importante a été franchie pour la préservation de la biodiversité : plusieurs centaines d’escargots endémiques des îles Desertas ont été réintroduits dans leur milieu naturel. Une action discrète… mais essentielle, menée en plein océan Atlantique par l’Instituto das Florestas e Conservação da Natureza (IFCN), le ZooParc de Beauval, Beauval Nature et le zoo de Chester.
Des espèces uniques, en danger critique
Deux espèces d’escargots ont été concernées par cette opération :
- Discula lyelliana (élevée au ZooParc de Beauval)
- Geomitra coronula (élevée au zoo de Chester)
Ces espèces sont endémiques de l’archipel des Desertas : elles n’existent nulle part ailleurs sur Terre. Aujourd’hui encore, elles sont classées « en danger critique d’extinction ».
Leur déclin remonte à plusieurs décennies, lorsque l’introduction d’animaux comme des chèvres, des lapins et des rongeurs a profondément déséquilibré l’écosystème. En broutant la végétation et en fragilisant les sols, ils ont indirectement privé les escargots de nourriture, tandis que les rongeurs sont devenus leurs prédateurs directs.
Un rôle vital… souvent méconnu
Derrière leur apparente discrétion, ces escargots jouent un rôle fondamental. En remuant la terre et en décomposant les matières organiques, ils :
- recyclent les nutriments
- aèrent les sols
- participent à la régénération de la végétation
Ils constituent ainsi la base de l’équilibre écologique des îles de l’archipel. Leur disparition entraînerait des effets en cascade sur la flore et sur de nombreuses autres espèces.
« Même les plus petites espèces méritent qu’on y prête attention : sans elles, c’est tout un socle qui disparaît pour les espèces qui en dépendent », souligne Anaëlle Loiseau, Gestionnaire Espèces Animales au ZooParc de Beauval.

Pour les équipes, il a fallu deux heures d’escalade pour parcourir 3 km
Une réintroduction nocturne
C’est sur l’île de Bugio, au sud de l’archipel, que cette seconde réintroduction a eu lieu.
Au total, 270 individus de l’espèce Discula lyelliana, élevés au ZooParc de Beauval, ont été réintroduits, aux côtés de 300 Geomitra coronula élevés au zoo de Chester.
Le transport s’est fait par avion puis par bateau jusqu’à l’île, suivi d’une ascension sur des sentiers escarpés.
« Il s’agit peut-être de la réintroduction la plus complexe que nous ayons menée jusqu’à présent. La météo ne nous laissait qu’une courte fenêtre d’intervention et il n’y a pas de jetée sur l’île. Nous avons dû nous mettre directement à l’eau, rejoindre la terre, enfiler nos casques et nos harnais, puis commencer à escalader les falaises. Il nous a fallu deux heures pour parcourir trois kilomètres », raconte Tamas Papp, responsable adjoint de l’équipe des invertébrés au zoo de Chester.
Sur place, les équipes ont bivouaqué en autonomie avant de procéder au relâcher de nuit, en accord avec le rythme naturel des escargots. Des lampes à lumière rouge ont été utilisées afin de ne pas perturber les oiseaux marins rares présents sur l’île, particulièrement sensibles à l’éclairage artificiel.
Répartis sur trois zones distinctes, les escargots ont été déposés sous des rochers et des arbustes, dans des zones soigneusement sélectionnées, à l’abri du vent et avec de la nourriture accessible.
Malgré des conditions parfois extrêmes, entre vents puissants et brume dense, les équipes ont mené l’opération à bien.
« Là-haut, sur les plateaux, on voyait rarement au-delà de la côte à cause de la brume qui stagne souvent sur l’archipel. On avait vraiment l’impression d’être seuls au milieu de l’océan, loin de toute présence humaine. C’était très reposant. », raconte Anaëlle.
Une mobilisation internationale
Cette action s’inscrit dans un programme plus large mené depuis plusieurs années aux côtés de l’IFCN, par le coordinateur du programme de conservation Dinarte Teixeira, et du zoo de Chester.
Les équipes de l’IFCN ont préparé le retour des escargots en contrôlant les espèces exotiques envahissantes et en restaurant progressivement leur habitat. Elles ont également identifié les sites les plus adaptés sur les îles de Bugio et de Deserta Grande et assurent le suivi des populations sur le terrain.
De leur côté, le ZooParc de Beauval et le zoo de Chester assurent l’élevage conservatoire de plusieurs espèces dans des espaces reproduisant au plus près les conditions de leur milieu naturel. Face au manque initial de connaissances, leurs spécialistes ont dû déterminer leur alimentation, les températures les plus adaptées et leurs cycles de reproduction.
À ce jour, trois opérations ont déjà été réalisées :
- une première réintroduction sur l’île de Bugio en novembre 2024 par le zoo de Chester,
- cette seconde réintroduction en avril 2026, portant à 1 200 Geomitra coronula et 919 Discula lyelliana le nombre total d’individus relâchés sur cette île,
- ainsi qu’un renforcement de population de Geomitra grabhami en avril 2025 à Fajã Grande, sur l’île de Deserta Grande, avec 870 individus.

Anaëlle Loiseau, Gestionnaire Espèces Animales au ZooParc de Beauval, a eu la chance d’aller sur le terrain
L’engagement du ZooParc de Beauval et de Beauval Nature
Le rôle du ZooParc de Beauval et de Beauval Nature est essentiel : assurer l’élevage conservatoire des escargots afin de constituer des populations viables pour les réintroductions menées dans les îles Desertas.
Beauval Nature soutient par ailleurs les actions menées directement sur le terrain : suivi des populations d’escargots, contrôle des espèces exotiques envahissantes, analyse des conditions climatiques et du couvert végétal, aménagement de voie d’accès, etc.
Ce travail mené conjointement a déjà permis d’obtenir, à partir d’une cinquantaine d’individus initiaux, plus de 1 000 escargots pour chacune des espèces élevées à Beauval (Discula lyelliana et Geomitra grabhami).
Le zoo de Chester, un partenaire majeur du programme
Le zoo de Chester assure l’élevage conservatoire des quatre espèces concernées par le programme : Atlantica calathoides, Geomitra grabhami, Geomitra coronula et Discula lyelliana. Son expertise a notamment permis de sauver l’espèce Geomitra coronula, dont seuls 21 représentants avaient été retrouvés dans leur milieu naturel, sous un même rocher.
L’établissement œuvre également à la création d’un réseau international de partenaires engagés dans la préservation de ces escargots. Son objectif est notamment de développer des centres d’élevage conservatoire à Madère, en collaboration avec les communautés locales et les autorités, afin de consolider durablement les populations de ces espèces menacées.
Des résultats déjà encourageants
Les premières réintroductions, menées depuis 2024, montrent des signes prometteurs :
- un taux de survie estimé entre 40 et 50 % (bien au-delà de ce qui était espéré)
- des observations de reproduction en milieu naturel
- des jeunes ont pu être observés, proche des populations natives mais aussi proche des populations relâchées
Les escargots sont suivis grâce à des marquages UV et acryliques, permettant de les reconnaître et de les suivre sur le terrain.
Même si le programme reste récent, ces résultats laissent entrevoir une réelle dynamique de restauration des populations. D’autres opérations de suivi et de réintroduction sont déjà envisagées dans les prochaines années afin de poursuivre la restauration des populations sur l’archipel.
Je découvre le programme en détail
Un projet au long cours
La reconstruction d’un écosystème ne se fait pas en quelques mois. Pour ces espèces fragiles, il faudra encore plusieurs années pour atteindre une stabilité durable.
Mais chaque réintroduction compte.
Si vous souhaitez soutenir ce programme de conservation, vous pouvez faire un don à Beauval Nature.
Crédit photos : ©zoo de Chester